Apnée du sommeil

Ronflement et apnées du sommeil : quand faut-il s'inquiéter ?

Ronflement et apnées du sommeil : quand faut-il s'inquiéter ?

Le ronflement est banal. On en plaisante, on finit par s'y habituer, et bien souvent c'est le conjoint qui s'en plaint le premier. Pourtant, derrière certains ronflements se cache un véritable trouble respiratoire nocturne : le syndrome d'apnées obstructives du sommeil, ou SAOS. Ronflement important, pauses respiratoires remarquées par l'entourage, réveils avec une sensation d'étouffement : ce ne sont pas toujours de simples mauvaises nuits.

Au Centre Médical de Repos et de Réhabilitation Respiratoire « CMR Souffle » à Casablanca, ce motif de consultation est devenu quotidien. Le SAOS reste pourtant largement sous-diagnostiqué, alors qu'il se dépiste par un examen simple et qu'il se traite. Cet article vous aide à reconnaître les signes qui doivent attirer l'attention et à comprendre le déroulement d'une prise en charge.

Que se passe-t-il pendant la nuit ?

Lorsque nous dormons, les muscles de la gorge se relâchent. Chez certaines personnes, ce relâchement entraîne une fermeture répétée des voies respiratoires. L'air ne passe alors plus correctement pendant quelques secondes. La respiration reprend ensuite, parfois après un ronflement intense ou une sensation d'étouffement.

Ce phénomène peut se répéter de nombreuses fois au cours d'une même nuit. À chaque épisode, le sommeil est perturbé et l'oxygène dans le sang peut diminuer. Pourtant, la personne concernée n'en a souvent aucun souvenir le lendemain matin.

La fermeture des voies aériennes n'est d'ailleurs pas toujours complète. Lorsqu'elle est totale, on parle d'apnée : le passage de l'air est interrompu. Lorsqu'elle n'est que partielle, avec une réduction du débit d'air, on parle d'hypopnée. C'est la raison pour laquelle vous rencontrerez aussi l'appellation « syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil », ou SAHOS : les deux termes désignent le même trouble.

Il arrive ainsi qu'une personne pense dormir huit heures alors que son sommeil a été fragmenté toute la nuit par les apnées.

C'est toute la difficulté de ce trouble : celui qui en souffre est rarement celui qui le constate. Le conjoint ou la conjointe est très souvent la première personne à remarquer les pauses respiratoires, ce qui explique pourquoi tant de patients arrivent en consultation accompagnés.

Les signes qui doivent alerter

Certains signes doivent attirer l'attention. Ils ne se limitent pas à la nuit : c'est souvent la journée qui trahit un sommeil de mauvaise qualité.

Pendant la nuit, on retrouve principalement :

  • Un ronflement important, souvent ancien et qui s'aggrave.
  • Des pauses respiratoires remarquées par le conjoint.
  • Des réveils avec une sensation d'étouffement ou de suffocation.
  • Un sommeil agité.
  • Des levers fréquents pour uriner.

Au réveil, plusieurs manifestations sont fréquentes :

  • Une bouche sèche au lever.
  • Des maux de tête matinaux.
  • L'impression de ne pas avoir récupéré, malgré une nuit d'une durée normale.

Et dans la journée apparaissent parfois :

  • Une fatigue qui ne cède pas au repos.
  • Une somnolence, en particulier dans les moments calmes.
  • Des difficultés de concentration ou des oublis.
  • Une irritabilité inhabituelle.

Aucun de ces signes ne suffit à lui seul à poser un diagnostic. C'est leur association, et surtout la présence de pauses respiratoires constatées, qui justifie un avis médical.

Pourquoi ne faut-il pas banaliser un ronflement important ?

Le problème ne se limite pas au bruit. Lorsqu'il est significatif et non traité, le syndrome d'apnées du sommeil peut altérer la qualité de vie et favoriser la somnolence dans la journée, avec notamment un risque lors de la conduite automobile ou au travail.

Il est également associé à plusieurs problèmes de santé : l'hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires, l'accident vasculaire cérébral et le diabète de type 2. Ces associations sont bien documentées, et elles expliquent pourquoi les pneumologues insistent autant sur le dépistage.

Le risque est particulièrement à considérer en cas d'obésité, d'hypertension artérielle, de maladie cardiovasculaire connue, ou lorsque les symptômes évocateurs sont marqués. Dans ces situations, un ronflement important accompagné de pauses respiratoires ou d'une somnolence excessive ne devrait pas être banalisé.

Une précision s'impose toutefois : ronfler ne signifie pas forcément avoir un SAOS. Beaucoup de personnes ronflent sans faire d'apnées. Mais un ronflement accompagné de pauses respiratoires mérite une évaluation.

Dans quelles situations faut-il y penser en priorité ?

Le SAOS peut concerner des profils très différents, et aucune règle ne permet de l'écarter sur la seule apparence. Certaines situations invitent toutefois à y penser plus rapidement, parce qu'elles se rencontrent fréquemment chez les patients chez qui le diagnostic est finalement confirmé :

  • Une obésité ou un surpoids marqué.
  • Une hypertension artérielle, en particulier lorsqu'elle est difficile à équilibrer.
  • Une maladie cardiovasculaire déjà connue.
  • Des symptômes évocateurs marqués, notamment une somnolence importante dans la journée.

Ces éléments ne sont pas des critères de diagnostic : ce sont des raisons supplémentaires d'en parler à un médecin lorsqu'un ronflement important ou une fatigue inexpliquée s'installent. À l'inverse, leur absence ne permet pas d'exclure un SAOS.

Comment fait-on le diagnostic ?

La première étape est simplement d'en parler avec un médecin. Après avoir évalué les symptômes et les facteurs de risque, celui-ci peut proposer un enregistrement du sommeil.

Selon les situations, cet examen peut être réalisé de deux manières :

  • À domicile, avec un appareil portable que vous installez le soir et rapportez le lendemain. C'est la solution la plus courante, dans votre environnement habituel.
  • Dans un centre spécialisé du sommeil, lorsque la situation est plus complexe ou qu'un enregistrement plus complet est nécessaire.

L'examen permet notamment d'analyser la respiration et l'oxygénation pendant la nuit, de déterminer s'il existe des apnées, et surtout d'en mesurer l'importance. Cette notion de sévérité est essentielle : elle conditionne largement la suite de la prise en charge.

Bien préparer sa consultation

La consultation gagne beaucoup à être préparée, car l'essentiel du diagnostic commence par le récit de vos nuits et de vos journées. Quelques éléments simples font gagner du temps :

  • Venir accompagné de la personne qui partage votre chambre, ou noter précisément ce qu'elle observe : ronflement, pauses respiratoires, agitation.
  • Noter vos horaires de sommeil sur une à deux semaines, ainsi que le nombre de réveils nocturnes.
  • Décrire ce que donne votre journée : moments de somnolence, difficultés de concentration, épisodes d'endormissement au volant s'il y en a eu.
  • Apporter la liste de vos traitements en cours et vos comptes rendus médicaux récents, notamment cardiologiques.

Ces informations orientent la décision de réaliser ou non un enregistrement du sommeil, et le type d'enregistrement le plus adapté à votre situation.

Et si l'on découvre des apnées ?

C'est la bonne nouvelle de ce trouble : le SAOS se diagnostique et se traite. Il existe aujourd'hui plusieurs possibilités thérapeutiques.

La plus connue est la PPC, pour pression positive continue. Un petit appareil envoie de l'air à travers un masque pendant le sommeil ; cette légère pression empêche les voies respiratoires de se fermer. Nous lui avons consacré un guide détaillé : l'appareil PPC pour l'apnée du sommeil au Maroc.

Selon la situation, d'autres solutions peuvent être envisagées :

  • Une perte de poids, lorsqu'elle est indiquée.
  • Une orthèse d'avancée mandibulaire.
  • Un traitement positionnel.
  • Un traitement chirurgical, chez certains patients sélectionnés.

Le choix dépend du type et de la sévérité des apnées, mais également des caractéristiques de chaque patient. Le traitement doit être personnalisé : le bon traitement est celui qui correspond au patient et qu'il peut suivre durablement dans le temps.

Le message essentiel

Ronfler n'est pas forcément une maladie. Mais ronfler fortement, arrêter de respirer pendant son sommeil et se sentir fatigué ou somnolent pendant la journée mérite que l'on se pose la question : « et si je faisais des apnées du sommeil ? »

Une simple discussion avec un médecin peut être le premier pas vers le diagnostic, et parfois vers des nuits et des journées complètement différentes. Si ces signes vous parlent, ou si votre entourage vous a déjà fait la remarque, vous pouvez prendre rendez-vous pour en discuter.

Questions fréquentes

Mon conjoint dit que je m'arrête de respirer, mais je ne me souviens de rien. Est-ce normal ?

Oui, et c'est même la situation la plus fréquente. Les micro-réveils provoqués par les apnées sont trop brefs pour être mémorisés. C'est pourquoi le témoignage de l'entourage a autant de valeur : il décrit ce que le patient ne peut pas percevoir lui-même. N'hésitez pas à venir accompagné en consultation.

Faut-il être en surpoids pour faire des apnées du sommeil ?

Non. Le surpoids est un facteur de risque important, mais il n'est ni nécessaire ni suffisant. Des personnes minces peuvent présenter un SAOS, notamment en raison de particularités anatomiques des voies aériennes supérieures. À l'inverse, toutes les personnes en surpoids ne font pas d'apnées. Seul l'enregistrement du sommeil permet de trancher.

L'enregistrement du sommeil est-il désagréable ?

Il s'agit d'un examen indolore et non invasif. L'appareil portable utilisé à domicile se compose de quelques capteurs à positionner avant le coucher. La plupart des patients dorment normalement, et l'appréhension de la première nuit est en général vite dissipée. Les explications vous sont données lors de la remise du matériel.

Combien de temps faut-il attendre avant de voir une différence ?

Cela dépend du traitement retenu et de la situation de départ, et il n'existe pas de règle valable pour tout le monde. Ce qui est constant, en revanche, c'est que le suivi fait partie du traitement : un premier bilan est prévu après la mise en route, afin de vérifier la tolérance, l'observance et l'effet sur les symptômes. C'est à ce moment que les réglages ou le choix du dispositif peuvent être ajustés.

Le ronflement de mon enfant doit-il inquiéter ?

Un ronflement régulier chez l'enfant n'est pas anodin et mérite un avis médical, car les causes et la prise en charge diffèrent de celles de l'adulte. Parlez-en à votre médecin traitant ou à votre pédiatre, qui orientera si nécessaire vers un spécialiste.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas une consultation médicale. Seul un examen par un pneumologue permet d'établir un diagnostic et une prise en charge adaptés à votre situation.

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